Cela fait un an que je suis seule et ma vie sexuelle est un désert, confie Laetitia, 32 ans. Je n'en parle à personne. Je n'ai pas envie de passer pour une frustrée. Malgré ce manque, je vis comme tout le monde. Je me sens "normale", même si ça me pèse. » Le plus souvent, l'abstinence est imposée par l'absence de partenaire ou «choisie» après une expérience douloureuse. Quelles qu'en soient les raisons, cette situation semble difficile à vivre dans une société où le sexe est omniprésent et l'injonction d'une sexualité flamboyante dans tous les esprits.
« À cause de cette pression sociale, les gens s'inquiètent très vite. Ils craignent de ne plus être dans la norme», constate André Corman, sexologue. Mais quand cela peut-il nuire à notre équilibre psychologique ? «Faire l'amour n'est pas une question de survie, comme manger et dormir. On peut s'en passer, affirme le sexologue. Et l'abstinence temporaire n'est pas forcément source de déséquilibre. Ce qui est préjudiciable, c'est l'absence de plaisir. »
D'autres sources de plaisir à exploiter
Un plaisir que l'on peut, heureusement, trouver ailleurs que dans le sexe. Dans le travail, la création, le sport, par exemple. «J'ai effectué une mission de six mois à l'étranger. Je me demandais comment j'allais tenir aussi longtemps sans ma femme. Ce qui m'a aidé c'est de faire du jogging à haute dose», raconte Alain, 35 ans. Car le sport aide à se sentir bien dans son corps et peut procurer une sensation de bien-être proche de l'activité sexuelle. «Des compensations nécessaires pour éviter une trop grande frustration, précise notre expert. Mais pas suffisantes, il faut aussi que, sur le plan affectif, tout fonctionne. »
Avec le temps, le desir peut revenir
Car le danger qui guette tout un chacun, en l'absence de relation sexuelle, c'est le manque de contacts, de tendresse, d'affection, avec son corollaire : la perte de l'estime de soi qui se nourrit du désir de l'autre. C'est pourquoi ne pas faire l'amour est plus difficile à supporter quand on est seul ou que le couple fonctionne mal. «Dans une vie à deux, il peut arriver, après un accident, une opération ou une maladie, qu'une abstinence sexuelle s'impose. Elle est tolérée si les partenaires sont amoureux et complices.
En revanche, c'est beaucoup plus difficile pour un couple en conflit qui a pour habitude de se réconcilier sur l'oreiller », explique encore André Corman. Mais, malgré les compensations et une vie affective bien remplie, l'abstinence au long cours provoque très souvent des troubles de la sexualité. « Quand un homme me plaît, j'irais bien plus loin, mais j'ai l'impression que je ne suis plus capable de faire l'amour. Que je ne sais plus comment m'y prendre. Du coup je n'en ai plus envie», reconnaît Béatrice, 42 ans. D'ailleurs, moins on fait l'amour, moins on en a envie. Le désir sexuel s'éteint et on a l'impression que l'on ne pourra plus jamais s'y remettre.
Si, chez la femme, l'absence de relations sexuelles peut entraîner une baisse de l'excitation, chez l'homme, elle provoque une chute de testostérone, donc une perte de désir et, souvent, des troublés de l'érection. Philippe, 47 ans, raconte : « Après un divorce douloureux, je suis resté plusieurs mois sans faire l'amour. Quand j'ai repris le dessus, mes premières aventures ont été catastrophiques. Impossible d'avoir une érection. J'ai cru que c'était fini pour moi et j'ai dû consulter pour retrouver mes capacités. » Après deux ans sans faire l'amour, la machine a parfois du mal à se remettre en route...
L'abstinence, plus difficile à vivre chez l'homme
«L'homme souffre plus de l'abstinence que la femme, car le sexe est au centre de l'identité masculine, explique André Corman. Quand, en consultation, je vois des hommes qui ont des troubles de l'érection, dans 90 % des cas, ils me disent : "Je ne suis plus un homme, docteur." Jamais une femme qui n'a pas d'orgasme ne dira: "Je ne me sens plus femme." » Par ailleurs, constatent les spécialistes, la sexualité masculine est beaucoup plus pulsionnelle. Et cette pulsion est permanente, car l'homme ne connaît pas de conflits intérieurs dans ce domaine et se pose bien moins de questions sur le sens de sa sexualité.
Contrairement à la femme, qui se sent souvent prise dans ce dilemme : comment être amante et mère à la fois.« Outre ces questionnements intérieurs, elle connaît de grandes variations dans son désir, qui est cyclique et plus capricieux, explique le sexologue. Volontairement, elle fait des pauses et peut donc se passer de faire l'amour plus facilement. »
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